2014/12/13

De l'intérieur - Jour 29

Quand on ferme les yeux, on se ramène à soi. On perçoit la température sur sa peau, on saisit le détail des sons qui nous entourent, on perçoit le battement du sang à ses oreilles. C’est seulement les yeux fermés qu’on arrive à décoller sa langue autrement plaquée au palais, qu’on relâche l’étau de ses mâchoires, qu’on respire avec le bas des poumons et qu’on redescend ses épaules.

Les yeux fermés, on voit plus clair.

Ce texte paraît dans le cadre du Défi 31 Jours.

2014/12/07

Party - Jour 28

Pas très friande des partys de bureau. Trop de stimuli. Je préfère être en retrait et observer plutôt que de papillonner de table en table. Tant à voir…

Il y a ce monsieur un peu gauche qui travaille à l’autre étage et qui se cherche un micro quand Living on a prayer débute. Il troque sa timidité pour sa fourchette et se la chante à genoux comme s’il n’y avait pas de lendemain. 

Il y a des dames qui se sont faites coiffer et qui arborent de nouvelles tenues. Certaines ont des brillants dans les cheveux, d’autres étrennent des chaussures à talons. Des épaules et des dos sont dénudés. Les messieurs portent des vestons et montrent parfois un nœud papillon.

Il y a les conjoints et conjointes qui se disent que c’est juste un moment à passer. Une fois par année, ils se reconnaissent et s’accrochent les uns aux autres. Ceux-là méritent mention.

Il y a aussi les commentaires sur les plats servis. Comme d’habitude, on entend que « c’est un peu sec », que « la soupe pourrait être plus chaude », « qu’on manque de pain ». On mange pourtant comme des rois.

Et il y a ceux qui se lancent des regards languissants et qu’on sait qu’ils continueront de danser bien après que la musique se soit tue. À ceux-ci on souhaite absence de malaise lundi.

Ce texte paraît dans le cadre du Défi 31 Jours.

2014/11/24

Ladybug - Jour 27


Une coccinelle a élu domicile chez moi depuis un bon mois déjà. Elle se tient autour d’une des lampes du salon. Elle doit s’y chauffer.

Habituellement, je remets à la nature les petites bêtes qui se faufilent dans mon domicile. Mais il commençait à faire frisquet quand j’ai fait monter la ladybug sur mon doigt. Aurait-elle le temps de trouver une roche sous laquelle s’abriter avant de congeler? J’ai refermé la fenêtre et déposé ma nouvelle amie près de la lampe. Faut croire qu’elle a aimé l’endroit.

Elle est au plafond présentement, petit point sombre sur fond blanc. Aurais-je autant de compassion pour un humain atterrissant au pas de ma porte et voulant se réchauffer?

Quand la température tombe, qu’il y a une bordée de neige, j’ai une pensée pour les sans-abris. Je prie pour qu'ils aient une roche sous laquelle s’abriter et qu'une lumière pourra les réchauffer.

Je prends tant de chose pour acquis alors que je suis – Oh! Combien! – si privilégiée. Extraordinaires sont les êtres comme Pops, tout à la fois refuge et lumière. Gratitude. Don.

Ce texte paraît dans le cadre du Défi 31 Jours.

2014/11/23

Le yéti - Jour 26

Mi-figue, mi-raisin, je dis à la blague depuis des années que je suis un yéti quand les échanges sur la température autour de la machine à café deviennent plus personnels. Des efforts intenses d’impassibilité me sont nécessaires pour continuer à sourire quand le fatal: « Pars-tu dans le sud? » arrive immanquablement.

C’est que j’ai un système de chauffage interne qui diffère largement de celui de la moyenne;  j’ai toujours chaud. En fait, pour être précise, je devrais plutôt dire que j’ai rarement froid. Très rarement froid. Je suis née avec deux batteries qui fonctionnent plein régime à longueur d'année.

L’été me trouve amorphe en milieu d’après-midi. Les canicules me tuent. Je souffre à seulement voir quelqu’un se faire dorer comme un poulet. Quand un goût d’évasion me prend, c’est aux Highlands ou à la Scandinavie que je pense, jamais à une plage des tropiques. Les journées de brouillard et de frimas me sont mille fois plus romantiques que les sables brûlants.

Je suis donc ravie de la neige qui couvre ce soir les gazons. C’est joli et insonorisant. Ça enveloppe comme un cadeau. Les enfants d’en face ont fait plein d’anges sur le parterre. Mon voisin, heureux, a fait vrombir sa souffleuse, juste comme ça, pour rien. Les branches brillent près du lampadaire, là où s’est déposé le verglas. Tout à la fois, c’est léger et figé et moelleux. Comme une guimauve.

Je m’installe devant la fenêtre et je regarde. Il n’y a que le ronron du frigo. La fraîche sur mes pieds nus. La chaleur de la tasse entre mes doigts. Un peu de givre sur le coin de la vitre. Je suis ici, maintenant. Namaste, Hiver.


Ce texte paraît dans le cadre du Défi 31 Jours.

2014/11/20

Love myself - Jour 24

HOW DO I LOVE MYSELF?

Quand on pose cette question à un maître zen,
voici ce qu'il répond:
"The first act of love is to love your body. Your body is a wonder. You are made of sunshine."
On ne peut aimer un autre si on ne s'aime pas soi-même - Buddha.

Reconnaître son corps pour la merveille qu'il est, pour toute l'incroyable histoire des ancêtres qu'il contient, pour toutes les futures générations qu'il manifestera.


S'aimer en commençant par habiter son corps, le fusionner avec son esprit.

Thich Nhat Nanh donne envie de partir pour le Tibet. Je comprends si peu de choses. Je laisse si peu de place aux silences.

Ce texte paraît dans le cadre du Défi 31 Jours.

2014/11/19

Origami - Jour 23

“Anything or anyone that does not make you feel alive
is too small for you.” – David Whyte

Cette citation est affichée sur mon frigo et je m’y attarde presque chaque fois que j’en ouvre la porte. Elle ramène à soi, au besoin fondamental que l’on a de grandir, rappelle l’importance de sa connexion aux choses et aux gens et sous-entend le libre arbitre dont profite chaque individu.

Elle met surtout en perspective le sentiment de contentement dans une interaction ou une action. Cela n’a rien à voir avec le titre de la personne à qui l’on parle ou les mots enrichis dont on bourre un texte.

Ma plus grande source de satisfaction au boulot aujourd’hui m’est venue de plier du papier. Yep, le geste simple et mécanique de rabattre deux fois sur elles-mêmes des centaines de lettres dont je n’avais pas rédigé le texte. Pourtant, cette action répétée n’a rien eu d’insignifiant : elle m’a procuré le sentiment très fort d’être utile à une collègue débordée. Plier du papier n’était pas plus important que de rédiger un procès-verbal; il avait simplement plus de sens. Il était plus utile. Il me rendait utile. Vivante.

Je me sens vivante lorsque je puis valider l’importance du travail et des actions des gens qui m’entourent, valider mon estime à l’endroit de ce qu’ils accomplissent. Je me sens vivante quand j’honore mes sens du travail d’équipe, de l’entraide et de la réussite. Je me sens vivante dans un processus et/ou une interaction qui a un sens, un but, une direction. Je meure un peu quand on me confine dans des tâches, même prestigieuses.

Ce texte paraît dans le cadre du Défi 31 Jours.