2014/12/18

Ophélie

Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles…
- On entend dans le bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe fantôme blanc, sur le long fleuve noir.
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.

Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s’inclinent les roseaux.

Les nénuphars froissés soupirent autour d’elle ;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d’où s’échappe un petit frisson d’aile :

- Un chant mystérieux tombe des astres d’or.

Arthur Rimbaud

2014/12/16

Utopia - Jour 31

Je me lasse de tout trop vite. Je m’ennuie trop rapidement. J’ai besoin d’en avoir trop, d’en avoir beaucoup, d’en avoir souvent. Faut que je sois défiée, comme si j’allais perdre, comme si je devais gagner.

J’ai besoin de changer, besoin de renouveler, besoin de performer. J’ai besoin qu’on me chasse, qu’on me surprenne, qu’on soit fou. J’ai besoin qu’on m’apprenne. J’ai besoin d’utopie.

Je me fatigue de ce qui n’est pas plus fort que moi. De ce que je ne maîtrise pas vraiment.

Je ne sais pas ce qu’est mon probleme. Ou en est-ce un? Still don’t fully understand my wiring. Mais c’est là, au fond, un programme latent, un cheval de Troie.

Je ne voulais pas que mon fils ressente cette même faim. Je suis morte un peu pour qu’il ne la perçoive pas en changeant de vie. Je suis morte, mais j’ai gagné.

Ce texte paraît dans le cadre du Défi 31 Jours.

2014/12/15

Trop tôt - Jour 30


Chez Starbucks. Where else? Le jeune home au comptoir est seul. Trois personnes dans la file d’attente. À mon tour d’être servie. Polie, je baisse le volume et laisse pendouiller mon oreillette gauche.

- « Un mochaccino grande et un gruau s’il vous plait », je demande en souriant.
- « Un macchiato? », me reprend-il sans façon.
- « Non, mochaccino »
- « C’est un macchiato? »
- « … »

Il me fixe. Je le fixe. Musique de Twilight Zone dans ma tête. Extra-terrestre? Un nouveau? Quelle subtilité ai-je omise? C’est quoi cette question? Depuis quand les employés de Starbucks ne sourient pas? Pourquoi tous les autres comprennent quand je demande un mochaccino? Depuis quand c’est aux clients de connaître le menu par cœur? Et, yo, toi le jeune, tu sais quelle heure il est?

J’ai la mèche un peu courte ce matin, le service à la clientèle fragile.

Comme une pro, je pince les lèvres pour retenir mes sarcasmes et porte mon regard sur l’énorme menu lumineux situé derrière la caisse. Je trouve l’item, décrispe les lèves et envoie « un café mocha ». « Aaaahhhhhhhhhh! Un mo-chaaaaaaa ! », s’exclame le jeune homme.

Je salue la divinité qui est en lui en lieu de pouvoir gifler son impertinence. Maudit karma.

« Quelle grandeur? », il me demande. Je répète. Poliment. En trois langues. Je dis « Grande » en italien, « Moyen » en français et je pointe le verre correspondant sur le présentoir. Ses doigts s’activent sur la caisse. Je me détends, il a compris.

- « C’est tout ? »

Un ange passe.

- « Avec un gruau ».
- « Un gruau régulier? »
- « ... »

Il me fixe. Je le fixe. Je me demande mentalement à quoi ressemble un gruau irrégulier. Un gruau dans lequel je pourrais le noyer? Je re-pince les lèvres, j’ai le sarcasme vraiment fragile ce matin et porte mon regard sur l’encart promotionnel en face de lui. Il y est écrit « gruau » sous la photo d'un bol de l'appétissante et fumante mixture. Il me fixe toujours. J’étire le bras, agrippe l’encart, le lui montre. Ça semble suffisant, ses doigts se remettent à s’activer sur sa caisse.

Pendant que je repose l’affichette, une jeune fille arrive. Du renfort semble-t-il. On est maintenant quatre dans la file d’attente. Ça frôle le débordement à en juger son regard paniqué. « Tu sais comment faire du gruau » qu’il lui demande. « Euh… nnnon!» qu’elle répond du même ton que si on lui avait demandé de faire une petite brassée de lavage avec ça. Il la fixe. Elle le fixe. Je soupire. « Laisse tomber le gruau » que je dis. « Je vais prendre un muffin ».

Ce texte paraît dans le cadre du Défi 31 Jours.

2014/12/13

De l'intérieur - Jour 29

Quand on ferme les yeux, on se ramène à soi. On perçoit la température sur sa peau, on saisit le détail des sons qui nous entourent, on perçoit le battement du sang à ses oreilles. C’est seulement les yeux fermés qu’on arrive à décoller sa langue autrement plaquée au palais, qu’on relâche l’étau de ses mâchoires, qu’on respire avec le bas des poumons et qu’on redescend ses épaules.

Les yeux fermés, on voit plus clair.

Ce texte paraît dans le cadre du Défi 31 Jours.

2014/12/07

Party - Jour 28

Pas très friande des partys de bureau. Trop de stimuli. Je préfère être en retrait et observer plutôt que de papillonner de table en table. Tant à voir…

Il y a ce monsieur un peu gauche qui travaille à l’autre étage et qui se cherche un micro quand Living on a prayer débute. Il troque sa timidité pour sa fourchette et se la chante à genoux comme s’il n’y avait pas de lendemain. 

Il y a des dames qui se sont faites coiffer et qui arborent de nouvelles tenues. Certaines ont des brillants dans les cheveux, d’autres étrennent des chaussures à talons. Des épaules et des dos sont dénudés. Les messieurs portent des vestons et montrent parfois un nœud papillon.

Il y a les conjoints et conjointes qui se disent que c’est juste un moment à passer. Une fois par année, ils se reconnaissent et s’accrochent les uns aux autres. Ceux-là méritent mention.

Il y a aussi les commentaires sur les plats servis. Comme d’habitude, on entend que « c’est un peu sec », que « la soupe pourrait être plus chaude », « qu’on manque de pain ». On mange pourtant comme des rois.

Et il y a ceux qui se lancent des regards languissants et qu’on sait qu’ils continueront de danser bien après que la musique se soit tue. À ceux-ci on souhaite absence de malaise lundi.

Ce texte paraît dans le cadre du Défi 31 Jours.

2014/11/24

Ladybug - Jour 27


Une coccinelle a élu domicile chez moi depuis un bon mois déjà. Elle se tient autour d’une des lampes du salon. Elle doit s’y chauffer.

Habituellement, je remets à la nature les petites bêtes qui se faufilent dans mon domicile. Mais il commençait à faire frisquet quand j’ai fait monter la ladybug sur mon doigt. Aurait-elle le temps de trouver une roche sous laquelle s’abriter avant de congeler? J’ai refermé la fenêtre et déposé ma nouvelle amie près de la lampe. Faut croire qu’elle a aimé l’endroit.

Elle est au plafond présentement, petit point sombre sur fond blanc. Aurais-je autant de compassion pour un humain atterrissant au pas de ma porte et voulant se réchauffer?

Quand la température tombe, qu’il y a une bordée de neige, j’ai une pensée pour les sans-abris. Je prie pour qu'ils aient une roche sous laquelle s’abriter et qu'une lumière pourra les réchauffer.

Je prends tant de chose pour acquis alors que je suis – Oh! Combien! – si privilégiée. Extraordinaires sont les êtres comme Pops, tout à la fois refuge et lumière. Gratitude. Don.

Ce texte paraît dans le cadre du Défi 31 Jours.

2014/11/23

Le yéti - Jour 26

Mi-figue, mi-raisin, je dis à la blague depuis des années que je suis un yéti quand les échanges sur la température autour de la machine à café deviennent plus personnels. Des efforts intenses d’impassibilité me sont nécessaires pour continuer à sourire quand le fatal: « Pars-tu dans le sud? » arrive immanquablement.

C’est que j’ai un système de chauffage interne qui diffère largement de celui de la moyenne;  j’ai toujours chaud. En fait, pour être précise, je devrais plutôt dire que j’ai rarement froid. Très rarement froid. Je suis née avec deux batteries qui fonctionnent plein régime à longueur d'année.

L’été me trouve amorphe en milieu d’après-midi. Les canicules me tuent. Je souffre à seulement voir quelqu’un se faire dorer comme un poulet. Quand un goût d’évasion me prend, c’est aux Highlands ou à la Scandinavie que je pense, jamais à une plage des tropiques. Les journées de brouillard et de frimas me sont mille fois plus romantiques que les sables brûlants.

Je suis donc ravie de la neige qui couvre ce soir les gazons. C’est joli et insonorisant. Ça enveloppe comme un cadeau. Les enfants d’en face ont fait plein d’anges sur le parterre. Mon voisin, heureux, a fait vrombir sa souffleuse, juste comme ça, pour rien. Les branches brillent près du lampadaire, là où s’est déposé le verglas. Tout à la fois, c’est léger et figé et moelleux. Comme une guimauve.

Je m’installe devant la fenêtre et je regarde. Il n’y a que le ronron du frigo. La fraîche sur mes pieds nus. La chaleur de la tasse entre mes doigts. Un peu de givre sur le coin de la vitre. Je suis ici, maintenant. Namaste, Hiver.


Ce texte paraît dans le cadre du Défi 31 Jours.

2014/11/20

Love myself - Jour 24

HOW DO I LOVE MYSELF?

Quand on pose cette question à un maître zen,
voici ce qu'il répond:
"The first act of love is to love your body. Your body is a wonder. You are made of sunshine."
On ne peut aimer un autre si on ne s'aime pas soi-même - Buddha.

Reconnaître son corps pour la merveille qu'il est, pour toute l'incroyable histoire des ancêtres qu'il contient, pour toutes les futures générations qu'il manifestera.


S'aimer en commençant par habiter son corps, le fusionner avec son esprit.

Thich Nhat Nanh donne envie de partir pour le Tibet. Je comprends si peu de choses. Je laisse si peu de place aux silences.

Ce texte paraît dans le cadre du Défi 31 Jours.

2014/11/19

Origami - Jour 23

“Anything or anyone that does not make you feel alive
is too small for you.” – David Whyte

Cette citation est affichée sur mon frigo et je m’y attarde presque chaque fois que j’en ouvre la porte. Elle ramène à soi, au besoin fondamental que l’on a de grandir, rappelle l’importance de sa connexion aux choses et aux gens et sous-entend le libre arbitre dont profite chaque individu.

Elle met surtout en perspective le sentiment de contentement dans une interaction ou une action. Cela n’a rien à voir avec le titre de la personne à qui l’on parle ou les mots enrichis dont on bourre un texte.

Ma plus grande source de satisfaction au boulot aujourd’hui m’est venue de plier du papier. Yep, le geste simple et mécanique de rabattre deux fois sur elles-mêmes des centaines de lettres dont je n’avais pas rédigé le texte. Pourtant, cette action répétée n’a rien eu d’insignifiant : elle m’a procuré le sentiment très fort d’être utile à une collègue débordée. Plier du papier n’était pas plus important que de rédiger un procès-verbal; il avait simplement plus de sens. Il était plus utile. Il me rendait utile. Vivante.

Je me sens vivante lorsque je puis valider l’importance du travail et des actions des gens qui m’entourent, valider mon estime à l’endroit de ce qu’ils accomplissent. Je me sens vivante quand j’honore mes sens du travail d’équipe, de l’entraide et de la réussite. Je me sens vivante dans un processus et/ou une interaction qui a un sens, un but, une direction. Je meure un peu quand on me confine dans des tâches, même prestigieuses.

Ce texte paraît dans le cadre du Défi 31 Jours.

2014/11/18

Proserpine - Jour 22

"The Garden of Prosperine"
par Algernon Charles Swinburne, 1866

From too much love of living,
  From hope and fear set free,
We thank with brief thanksgiving
  Whatever gods may be
That no life lives for ever;
  That dead men rise up never;
That even the weariest river
  Winds somewhere safe to sea.


J'aimerais que Christopher Walken me récite ce poème. 
Depuis plus de 30 ans qu'il est avec moi, cet extrait plus particulièrement. 
L'interprétation de la chanson de sa mère par Martha Wainwright est belle à pleurer.


Ce texte paraît dans le cadre du Défi 31 Jours.


2014/11/17

Ah! Beaudelaire - Jour 21


Le blues du dimanche. Celui qui frappe en début de soirée, quand la lumière du jour s’est éteinte.

Beurk.

Pas qu’on n’ait pas envie de retrouver les potes au boulot ou de se remettre en mode production. Seulement qu’on a envie de rester dans l’état d’esprit du week-end, le prolonger encore.

Spleenogène.

Un coach me ferait réfléchir à des trucs comme le sentiment d’utilité, celui d’appartenance, l’accomplissement, environnement, reconnaissance, dépassement, réalisation…  Je lui répondrais que même Hercule avait un petit cafard le dimanche soir.

Ce texte paraît dans le cadre du Défi 31 Jours.

2014/11/16

Petit dej - Jour 20

J’adore les petits déjeuners au resto. Le café y est meilleur. Les jus d’orange décorés d’une tranche du fruit. Les fraises ressemblent à des fleurs. Les œufs tournés sont baveux à souhait.

J’ai un faible pour les matinées du dimanche. On se sustente la panse autant que l’esprit. La foule est bigarrée et on y trouve de tout : des couples tout neufs qui n’ont envie que de retourner sous les couvertures, d’autres à sec de sujets de conversation, des familles qui se sont donné rendez-vous, des habitués qui se font appeler par leurs noms, quelques-uns pour qui c’est la première fois, des silencieux qui textent, des madames qui rient aux éclats, des bébés qui pleurent, des papas dont c’est la semaine de garde.

Les tables sont rarement au niveau; jamais de niveau mais assurément collantes sur les côtés. J’aime me servir dans les sachets de sucre pour en glisser un sous la patte branlante. Tout en me pliant et dépliant, je remarque les hommes qui ont pris congé de rasage et les femmes plissées qui se sont faites belles en y allant fort dans la poudre. J’aime brasser un peu trop longtemps la crème dans mon café.

Il y a là-bas une fille assise toute seule à sa table et qui sourit en tournant la cuillère dans sa tasse, branchée à son iPod, observant tout ce beau monde et écrivant je ne sais trop quoi entre deux bouchées de rôtie.

Ce texte paraît dans le cadre du Défi 31 Jours.

2014/11/15

Du rauque - Jour 19

Assise au Starbucks. Where else? Grande mocha et muffin. Deux travailleurs qui se réchauffent les doigts en serrant fort leurs tasses. Le barista est pris d’un four rire. Je n’entends rien. Y’a Clemens qui chante rauque dans mes oreilles.

Je suis fatiguée. Trop de surtemps depuis trop de semaines. Aucun espoir d’amélioration. Encore changer? De ça aussi, je suis fatiguée.

Mon Padawan a été nommé capitaine de son équipe d’impro. Photo de graduation aujourd’hui. En tournoi tout le week-end. Tu le sais, mon Ange, combien je t’aime et toute la fierté qui m’envahit quand je pense à toi?

« Take me to Loveland, and no one’s gonna find me » que Clemens prie. «.. you have flowers in your mouth, ‘cause your heart is upside down... » Je veux qu’on me joue de la guitare. Une sonate au piano.

Sur mon verre en carton rouge est inscrit « Let there be bright ». Tout le monde sait-il briller? Un truc qu’on désapprend en grandissant? Quoi de plus lumineux qu’un bébé! J’ai contribué à tamisé le mien? Ça m’émeut tout d’un coup. Motton. Je me mordille les lèvres. J’essuie mes yeux.

Je suis si fatiguée.

Je vais aller courir tantôt. Au bord de l’eau. Ça énergise, l’eau. Le vent va me souffler. Je vais peut-être voler. Tu y seras Daisy?

Et je vais relire ma liste de priorités. Et poser ma candidature sur le poste affiché que je n’obtiendrai pas. J’aurai posé une action. Le premier pas qui coûte.

« How we explode like the lights in the dark - You push me up to the inglorious shadows of your craving, and if we fall then we grow up like exponential assembly, I never thought that some craving can stun your mind in behaving ». J’adore.

Ce texte paraît dans le cadre du Défi 31 Jours.

2014/11/14

2014/11/13

De la certitude - Jour 17

La certitude n’est rien d’autre qu’un désir profond de confort et de sécurité. Tout être vivant la recherche, ne serait-ce que pour éviter la douleur et s’assurer du plaisir.

Par ailleurs, tout être vivant tend aussi vers l’incertitude - les nouvelles expériences, de nouveaux stimuli. Elle est variété et expérimentation - croissance - et s’inscrit dans le processus de développement.

Bien qu’antagonistes, il existe un point d’équilibre entre la certitude et l’incertitude vers lequel on tend naturellement. Car si se vautrer dans la première rend mou et paresseux à la longue, on se noie à devoir sans cesse mater les angoisses causées par l’incertitude.

Ce point d’équilibre se meut tout le long de la vie : on n’a qu’à s’observer changer en fonction des événements. Il est là, réel, seulement indéfinissable, un peu comme le centre de gravité avec sa base de sustentation.

L’individu a le besoin intrinsèque de se développer et d’avoir une vie faite de sens. Parfois ses comportements tendront vers la certitude, soit ces comportements de contrôle déployés afin d’éviter la douleur. Ils pointeront d’autres fois vers l’incertitude, comme quand on décide de sortir de sa zone de confort.

En épiant ses actions, on peut plus facilement décoder ce que la petite voix tout au fond de soi tente de nous faire entendre. En rencontrant ses besoins, en se confortant ou s’exposant, il devient possible beaucoup plus rapidement d’avoir une vie riche et satisfaisante.

De plus, cette observation chez les autres nous permet de devenir de petits accélérateurs de bien-être pour notre entourage. Quoi de plus merveilleux que de se sentir rassuré quand on en a besoin? Quoi de plus merveilleux que de se faire offrir une mission quand on a besoin de se réaliser autrement?

Quand un individu n’arrive pas à avoir de sentiment de réalisation, il retraite vers le confort.  Il se contente de combler ses besoins au minimum et du statut quo. Quand on pense à tout le potentiel contenu en chaque individu, que de gaspillage. Pourquoi ne sommes-nous pas tous agents de changement – pour soi-même et pour les autres?

Ce texte paraît dans le cadre du Défi 31 Jours.

2014/11/12

Les ines - Jour 16


Je suis accro à l’adrénaline. Aux endorphines. À la dopamine, la sérotonine et la noradrénaline. Je carbure aux synapses. J’aime le feu d’artifice des secondes précédant l’échéance et le buzz qui suit une bonne course.

À preuve, il m’arrive de jogger en leggings rose. Rose, comme dans « pas noir »? Ouep. Et cela ne peut être qu’à cause des agonistes.

Ce texte paraît dans le cadre du Défi 31 Jours.

2014/11/11

Le karma - Jour 15

C'est impossible, dit la Fierté
C'est risqué, dit l'Expérience
C'est sans issue, dit la Raison
Essayons, murmure le Coeur"
- William Arthur Ward

Épaisse, combien de fois avant que tu ne comprennes, soupire le Karma.

Ce texte paraît dans le cadre du Défi 31 Jours.

2014/11/10

Le glauque - Jour 14


Il est des silences plus violents que des mots. Des non-dits qui brisent. Rien n’est pire que de se faire refuser un peu de clarté.

L’ignorance invalide l’autre et lui affirme son insignifiance. Toujours éclairer un enfant.

« La liberté commence où l’ignorance finit. »               - Victor Hugo

Mais la lumière est ainsi faite qu’elle trouve éventuellement une fente, une fissure par où se faufiler; elle fait alors voir un film sans narration ni dialogue. Ce glauque est mille fois mieux que la noirceur.

Ce texte paraît dans le cadre du Défi 31 Jours.

2014/11/09

My Tribe - Jour 13



J’appartiens à un tout petit clan. Une toute petite tribu. Cercle étroit, chasse gardée. Les seuls dont uniquement la mort me séparera.




Ce texte paraît dans le cadre du Défi 31 Jours.

2014/11/08

Courir - Jour 12

Fait: je me brosse toujours les dents avant de jogger. Comme si une haleine fraîche était garante d’une foulée pimpante.

J’aime quand la cadence de mes enjambées colle au rythme de la chanson que j’écoute. Mes muscles, mon cœur, mes poumons, l’environnement s’arrangent alors en un tout parfaitement cohérent.

J’aime le rush d’adrénaline qui suit l’effort. Comme si les neurones oscillaient de manière synchrone en dehors du sommeil. C’est aussi moelleux qu’un nuage.

J’aime la sensation de la peau moite, les perles de sueur qui gouttent sur ma nuque. Je suis une magnifique machine à réguler la température. Ça rend sexy, la régulation de sa température.

J’aime la sensation des muscles raidis par l’effort. Ça me fait sentir comme de la pâte à modeler quand je les étire. Je deviens Gumby.

Fait : jogger m’abandonne au moment présent. Comme si mon corps en mouvement vidait l’esprit en lui cédant toute la place.

Ce texte paraît dans le cadre du Défi 31 Jours.

2014/11/07

La pluie - Jour 11

J’adore les journées où le ciel me tombe sur la tête. Je deviens la pluie. Je deviens l’eau qui coule. Je souffle comme le vent dans mes cheveux. J’effleure comme les rafales sur mes joues. Je murmure des secrets.

Je suis comme le cycle de l’eau, une danse incessante. J’invente et me recycle, toujours nouvelle et toujours la même. Mon corps avance, se brûle et rapetisse : mon esprit avance, se déploie et enfle. Equilibrium.

Petite, j’habitais tout à côté d’une rivière. Le son de l’eau qui cavale était en trame de fond de tous mes jeux. Que dire du récital les jours de pluie! Le toit de tôle me livrait une symphonie. Rien ne m’apportait autant d’apaisement.

Je suis humble devant l’eau. Rien n’est plus mouvant, adaptable, souple et enveloppant. Rien n’est plus puissant, impérieux, dévastateur et indomptable. Insondable, elle est. La pluie me le rappelle.

Ce texte paraît dans le cadre du Défi 31 Jours.

2014/11/06

Vieille haïssable - Jour 10

Depuis que je vieillis, j’ai la critique facile. Avec l’âge me vient des attentes mieux définies, du temps que je ne veux plus perdre.

Je me demande si je ne suis pas à devenir haïssable ou rigide. L’incompétence me brûle. 
L’incongruence me tue. 
Le manque de vision m’exaspère. 
La rétention d’information m’assomme. 
Ne dit-on pas qu’aux bateaux sans port tous les vents sont contraires?

Oui, je me tape moi-même sur les nerfs parfois.

C’est que j’haïs courir après ma queue. D’autant plus que je n’en ai pas. Ça me donne mal au cœur.

Ce texte paraît dans le cadre du Défi 31 Jours.

2014/11/05

La musique - Jour 9

Au grand damne de mon entourage, je peux écouter en boucle la même chanson des dizaines de fois d’affilée sans me lasser. Soupirs et yeux qui roulent n’y changent rien. Je m’enferme dans les sons comme un papillon dans son cocon.

Je m’immerge et j’isole la partition de chaque instrument, chaque voix. Entendre la respiration des violonistes avant une reprise m’émeut. Je me mets à respirer au même rythme qu’eux. J’aimerais qu’on me joue comme une guitare.

Je carbure à certains rythmes, à certaines sonorités. J’aime les harmonies. Les interprètes qui se crachent l’âme. Qu’on me livre des angoisses, des messages lourds de sens. Les prodiges qui s'inventent et se réinventent, les authentiques, sont précieux.

L’exposition crée la dépendance. Je sublime. I expand.

Ce texte paraît dans le cadre du Défi 31 Jours.

2014/11/04

Vacuité - Jour 8

J’étais prise de vertiges, enfant, lorsque je regardais trop longtemps les étoiles. Je me demandais ce qu’il y avait après le vide. Dans le vide. Le vide avait-il précédé le vide? Avant le grand Boom, le vide était-il plein? Comment le vide avait-il pu créer quoique ce soit?

Je devais fermer les yeux pour échapper à la vacuité.

Plusieurs minutes s’écoulaient avant que le sentiment d’oppression ne disparaisse. C’était comme si mon corps devenait trop étroit, trop serré. Je respirais par petits coups pour éviter qu’il ne fende.

Un matin, j’avais questionné ma maîtresse d’école sur la chose. La religieuse avait pincé les lèvres et jeté un regard mauvais : ne me rappelais-je pas que tout était réglé selon l’ordre parfait établit par le Créateur? J’avais baissé les yeux, honteuse. Le Créateur avait créé toute chose : Il était, avait été et serait toujours.

Tous mes camarades de classe savaient maintenant que j’allais brûler en enfer dans des douleurs innommables et pour l’éternité. J’ai bien essayé de réciter des chapelets afin de me hausser la foi au niveau prescrit. En vain. C’était plus fort que moi. Au vide s’emmêlait maintenant le Créateur : qui avait engendré le Créateur? Le vide? Le Créateur avait-il donné naissance au vide? Le Créateur était-il le vide? À moins que le vide n’ait été plein du Créateur?

Je sais maintenant que je ne brûlerai pas en enfer. Mais je suis encore prise de vertiges quand je regarde trop longtemps les étoiles.

Ce texte paraît dans le cadre du Défi 31 Jours.

2014/11/03

Zut! - Jour 7

Extrait:
Après Babylone, Calvin Delétère est fabuleux, gargantuesque, hilarant! Insupportablement jaloux, Kurt Levaque, magicien narcissique outragé pour qui Roberta, sottement, tue une voluptueuse wagnérienne xénophobe yuppie...

Texte de 25 mots, chacun reprenant dans l'ordre les lettres de l'alphabet. La 26e est en titre.

Ce texte paraît dans le cadre du Défi 31 Jours.

2014/11/02

La discipline - Jour 6


Discipline
  1. Branche de la connaissance pouvant donner matière à un enseignement ; matière ;
  2. Ensemble de lois, d'obligations qui régissent une collectivité et destinées à y faire régner l'ordre : règlement ;
  3. Aptitude de quelqu'un à obéir à ces règles ;
  4. Obéissance, soumission aux règles que s'est données le groupe auquel on appartient ;
  5. Règle de conduite que l'on s'impose, maîtrise de soi, sens du devoir ;
  6. Sorte de fouet utilisé pour se flageller dans un but de mortification et de pénitence.


J'ai longtemps confondu discipline et routine. Si j'apprécie maintenant la première, l'essence de la seconde m'ennuie terriblement et, à la limite, m'horripile. Faire une chose pour la faire, toujours de la même façon, sans innovation... Misère! Le Taylorisme a eu du bon mais à maximiser le temps de toute production, ne rend-on pas l'individu apathique et ne supprime-t-on pas toute motivation? Que fait-on du désir de réalisation et de la liberté? Bénédiction que Maslow soit arrivé par la suite... Mais je m'éloigne.

Bref, j'ai rejeté farouchement la routine depuis mon plus jeune âge. Car cela m'ennuyait. Ça continue, d'ailleurs, de m'ennuyer. La société s'organise via une série d'obligations et de règles, une certaine forme de soumission et d'obéissance: chanceuse, je suis, d'avoir un Über-Ich (Surmoi) si bien développé et d’avoir découvert Camus, Sartre, Beauvoir et Cie au moment où je l’ai fait. Je comprends mieux, avec le recul, pourquoi je les ai dévorés avec tant d’avidité... Je m’éloigne encore.

Je disais donc que j’apprécie maintenant la discipline. Étant une 35/8, elle est un thème de vie pour moi - oui, ce genre de chose m'intéresse. Je ne la combat plus. Plutôt, je l’associe à la liberté. C’est presque mathématique : en m’imposant le comportement X, j’obtiens le bénéfice Y. En consacrant 2 heures à la planification des repas de la semaine et aux courses le dimanche, je profite de beaucoup plus de temps libre les soirs de la semaine à venir. Eating an apple a day keeps the doctor away. Quoique le mien est tellement charmant… Me voilà qui transgresse encore.

Finalement, ce que je voulais dire ici est que la discipline diffère largement de la routine de par l’implication et la volonté de l’individu dans l’exécution. La discipline relève de la maîtrise de la volonté d’un individu, non pas seulement des tâches à accomplir. Ça ne rend pas la préparation des repas plus excitante le dimanche mais lui ajoute un sens. N’est-ce pas là une merveilleuse façon de tromper la routine?
Ce texte paraît dans le cadre du Défi 31 Jours.